Il y a de cela exactement un mois que des rapports ont été publiés par CNN et The Sentury, incriminant les Forces des Armées Centrafricaine (FACA) et alliés russes d’être à l’origine des viols, tortures et exécutions des civils mais aussi des incendies des maisons le 15 février 2021 à Bambari, dans le Centre-Est de la République Centrafricaine. Ces rapports qui ont fait couler de l’encre et de la salive ont poussé la Rédaction de votre quotidien Le Confident à envoyer sur place un Reporter en vue d’enquêter sur le terrain et publier des articles pour éclairer l’opinion nationale et internationale sur les faits qui ont eu lieu lors de la libération de la ville de Bambari.
En effet, depuis l’échec de la tentative du coup d’Etat du 13 janvier 2021 par la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), dirigée par François Bozizé regroupant en son sein certains leaders des groupes armés signataires de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation nationale, on assiste à une campagne de désinformations, des fakenews et à des manipulations de la conscience collective afin de pérenniser l’insécurité et parvenir à la déstabilisation des institutions de l’Etat. Ces articles publiés sont exclusivement le fruit des interviews et témoignages réalisés par le Journaliste grâce aux précieuses contributions des autorités locales, des leaders communautaires, des victimes et habitants de Bambari.
Par ailleurs, lors de ces entretiens et interview l’on se rend à l’évidence que le peuple est sacrifié sur l’autel des intérêts géopolitiques et géostratégiques, des certains pays amis qui cautionnent et tentent par tous les moyens à protéger et blanchir les auteurs, coauteurs et complices des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La Rédaction publie ci-dessous les entretiens réalisés avec le Président de la Délégation Spéciale de la Ville de Bambari M. Abel MATCHIPATA, le Représentant de la Jeunesse de la Ouaka, M. Alain Kochidanga, le représentant de la jeunesse de la communauté musulmanes de la Ouaka M. Hassan Chaïbou, certaines personnalités et victimes qui ont répondu sous l’anonymat à nos interrogations.
La Rédaction
Sources: Le Confident du 14 juillet 2021
« Aujourd’hui on vient nous libérer, certains ennemis de la RCA Distillent des mensonges éhontés, pour souiller l’image des FACA et leurs alliés », Abel Matchipata, président de la délégation spéciale de la ville de Bambari
Bonjour Monsieur le Président de la Délégation Spéciale de la ville de Bambari, pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?
Comme vous venez de le dire, je suis Monsieur Abel MATCHIPATA, Président de la Délégation Spéciale de la Ville de Bambari.
Pouvez-vous nous situer sur la situation sécuritaire de votre circonscription ?
La ville de Bambari a été l’une des villes de la République Centrafricaine la plus meurtrie. Il y a eu beaucoup d’exactions, de violences et présentement là où nous parlons, la situation sécuritaire est appréciable du fait que la ville a été libérée depuis le 16 février 2021.
En effet, la ville de Bambari est calme, il y a la libre circulation des biens et des personnes. La population vaque librement à ses occupations mais c’est dans les environs de la ville qu’il y a des poches de résistance. Et je puis vous dire que les FACA sont toujours debout et à pied d’œuvre.
Ces poches d’insécurité se trouvent beaucoup plus sur les axes d’Alindao et d’Ippy. Ces axes sont vraiment dangereux, parce que lorsque les rebelles ont été chassés de la ville de Bambari, ils se sont transformés en coupeur de route et dans les mois passés, ces rebelles ont incendié plusieurs motos. Il y a parfois des tueries et des enlèvements. Franchement ces rebelles sèment le désarroi sur ces axes.
Et que peut-on retenir sur le plan économique ?
La période de cette crise que nous avons traversé a joué énormément sur l’économie de la ville de Bambari et la Ouaka en général. La production agricole était en baisse, parce que la crise a fait que la population ne peut pas pratiquer l’agriculture. Ce sont les activités agricoles qui font vivre la population et tourne l’économie. Lors de ces piques de violences la population qui est majoritairement des agriculteurs a été dépossédée de sa terre, ce qui était à l’origine de la baisse de la production agricole dans la Ouaka.
Aujourd’hui avec le retour progressif de la sécurité, nous assistons à la relance des activités économiques qui constituent le socle du développement, basées sur l’agriculture. Les ¾ des denrées alimentaires proviennent de Grimari, de Ouabé ou de Kouango parce que c’est dans ces Sous-préfectures qu’il y a plus d’agriculteurs.
Entretemps, c’est la culture du coton, qui soutenait l’économie de la Ouaka mais avec tout ce que nous avons connu et vécu, la culture du coton n’est plus pratiquée. Or, à l’époque après la campagne du coton, les paysans utilisaient les revenus générés par la vente de cette culture pour semer ou planter sur de grandes superficies le maïs, l’arachide, le sésame, le manioc et biens d’autres cultures. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.
Donc la population ne peut pas cultiver une grande superficie. Tout cela à cause de l’instabilité du pays. Et cela provoque la hausse des prix des denrées alimentaires dans la ville. Nous pouvons également noter la présence des groupes armés et leurs bétails qui détruisent les champs lors du pâturage.
C’est ce qui est à l’origine des accrochages entre les cultivateurs et les prétendus éleveurs. Comme les éleveurs ont des armes par devers eux, ils chassent de force les cultivateurs et occupent les plantations.
Cela prouvent que la population de Bambari ne peut pas allez au-delà de 10 km pour cultiver, faire la pêche ou la chasse ?
Je vous disais tantôt que, c’est beaucoup plus sur l’axe d’Alindao à 7 km et d’Ippy à 10 km, que les problèmes d’insécurité sont récurrents, ce qui rend difficile la circulation des biens et des personnes. Et les gens ne préfèrent pas allez loin au prix de leur vie.
Par ailleurs, l’axe Grimari est fréquentée à tout moment sans inquiétude, l’axe Ouabé, Kouango sont fréquentables sans incident. Sur ces axes, le problème de sécurité ne se pose pas en tant que telle.
Il y a de cela quelques semaines, plus précisément le 15 juin 2021, une Organisation non gouvernementale The Sentury et une chaine CNN ont publié des rapports incriminant les Forces des Armées Centrafricaines et leurs alliés qui ont libéré votre ville. En tant que Président de la Délégation Spéciale de la ville de Bambari, que dites-vous de ces rapports ?
Monsieur le Journaliste, sincèrement et franchement la vérité est bonne à dire. Depuis 8 ans, la ville de Bambari est sous la domination des éléments des groupes armés. Ils ont eu à faire beaucoup d’exactions, des enlèvements, des tortures et des séquestrations, personne n’a osé parler de ces graves violations des droits de l’homme.
Maintenant que des Forces régulières viennent nous libérer, c’est là que les gens se lèvent pour salir nos FACA et leurs alliés. Ce n’est pas normal, est-ce que ces ONG, médias et experts de l’ONU ont-ils une fois fait allusion aux crimes que nous avons connus vécus dans nos chairs ?
Je suis le premier citoyen de la ville de Bambari, je n’ai jamais reçu dans mon bureau des experts de l’ONU, personne ne peut me démentir. Chose étonnante, ces experts de l’ONU n’ont pas condamné les exactions commises par les éléments de l’UPC dans la ville de Bambari.
En 2014, le site des déplacés internes de Saint Joseph a été incendié, le diocèse a été pillé, vandalisé, le vicaire a été assassiné, est-ce qu’il y a eu un rapport ? Qui a dénoncé tout cela ? Et aujourd’hui, les FACA et les alliés au risque de leur vie ont réussi à déloger ces sanguinaires, des voix s’élèvent pour les discréditer. Au Village Séko sur l’axe d’Ippy situé à 60 km de Bambari plus d’une vingtaine des déplacés internes ont été assassinés y compris l’Abbé Angbata, des maisons incendiées, des récoltes et greniers partis en fumée, non c’est trop.
J’ai des panoplies des exemples avec des dates précises des exactions commises dans ma circonscription. « Aujourd’hui on vient nous libérer, certains ennemis de la RCA distillent des mensonges éhontés, pour souiller l’image des FACA et leurs alliés ».
Notre pays veut la paix, pour assurer son développement et non des manipulations des informations pour maquiller l’enfer que vivent mes concitoyens.
Dans ce rapport j’ai écouté que les FACA ont assassiné les peulhs ou les musulmans dans une Mosquée. Or, ces faits ont été mal interprétés. Je n’ai pas vu cela de mes propres yeux. Lors de ces affrontements, il peut y avoir des effets collatéraux et des balles perdues. Les FACA et leurs alliés n’ont pas tiré sur les populations civiles. Ce sont des porteurs d’armes qui ont été poursuivis. L’objectif de cette opération militaire conjointe était de mettre en déroute ces ennemis de la république.
Il faut situer les faits dans le temps et dans l’espace afin de permettre à ce que la population puisse retrouver la paix sur l’ensemble du territoire national.
Comme d’habitude, une fois qu’il y a des exactions dans une ville ou lorsqu’une ville est reprise par les forces gouvernementales, les ennemis de la paix font surface pour discréditer les actions salutaires effectuées.
Pendant 8 ans ces rebelles ont exploité illicitement notre pays, c’est eux qui faisaient la campagne caféière et se substituaient à l’Etat en délibérant les papiers de sortie et d’entrée aux étrangers… Non, il y a un temps pour tout… Nous voulons la paix afin d’aspirer au développement de notre pays.
Ces rapports mentionnent qu’il y a eu des enlèvements des personnes. Confirmez-vous cela ?
Vous savez avec ces évènements, les étrangers nous ont envahi. On trouve des mercenaires étrangers dans la ville de Bambari, c’est tout à fait normal, qu’on procède à des vérifications des pièces d’indenté. Les gendarmes, les policiers et les forces de défense doivent procéder aux fouilles des maisons et s’ils trouvent que quelqu’un n’a pas de papiers administratifs, ceux-ci doivent procéder à son arrestation. Nous sommes dans un Etat d’Urgence comme ça se passe à Bangui.
Ces genres de contrôle se font dans tous les pays du monde, même en France aux Etats-Unis, en Allemagne et bien d’autres pays. Personne ne peut me démentir. Et une fois que tu es arrêté pour défaut de présentation des pièces administratives, cela n’est pas synonyme d’enlèvement ? Il est important que les choses se disent clairement.
Avez-vous un message particulier à l’endroit des partenaires et pays amis de la RCA ?
Je voudrais juste demander aux partenaires traditionnels de la RCA, de mutualiser leurs forces auprès du gouvernement afin d’aider le Président de la République le Pr Faustin Archange Touadéra à pacifier ce pays longtemps fragilisé par des crises récurrentes. Et je demande également au gouvernement de faire des efforts pour consolider la sécurité et la stabilité afin de permettre à nos populations de relancer les activités agricoles.
Je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos préoccupations
C’est à moi de vous remercier
Interview réalisée par
Paulin Zénguino-Wawè
Bambari : « Les FACA et Russes n’ont pas tué les civils », M. Alain Kochidanga, Représentant de la Jeunesse de la Ouaka
Monsieur le représentant de la Jeunesse de la Ouaka Alain Kochidanga, pouvez-vous nous parler de la situation sécuritaire dans la Ouaka ?
La situation sécuritaire de la Préfecture de la Ouaka est normale, car nous assistons à la libre circulation des personnes et des biens.
Cela démontre que la paix est revenue dans la Ouaka en général et à Bambari en particulier ?
Oui, je puis vous affirmer que la paix est revenue à Bambari mais seulement ce sont les villages environnants qui posent un peu de problèmes.
Quels sont ces problèmes ?
Vous savez ces rebelles qui ont été chassés de la ville de Bambari s’érigent en coupeur de route et tendent des embuscades aux routiers. Ils prennent les motos et tuent parfois les taxi-motos qui font ces axes surtout sur les axes d’Alindao et d’Ippy. Ce qui fait que pour se déplacer, il faut prendre des dispositions. Même pour aller dans les chantiers de diamants et or c’est un peu difficile. C’est à peine que les gens vont loin pour cultiver. Au contraire sur l’axe Ndassima, y a pas de souci parce que les Russes sont là-bas.
Vous venez d’évoquer la présence des Russes ici dans la Ouaka, que font-ils réellement ?
Ah ah ah, Monsieur le Journaliste, c’est grâce à ces russes et FACA que Bambari a été libérée.
Comment Bambari a-t-elle été libérée?
(Rires), vous savez entre temps, on ne pouvait pas critiquer les rebelles et mercenaires étrangers. Aujourd’hui je me permets d’aborder cette question avec vous. Il y a de cela plus de 5 ans, la ville de Bambari est contrôlée par Ali Darassa et ses éléments. Même certains jeunes désœuvrés ont été enrôlés dans l’UPC en vue de protéger leur famille ou pour mieux vivre par contrainte.
Malgré plusieurs tentatives de déguerpissement des éléments de la CPC dans la ville, ils sont toujours là au niveau du quartier Elevage, déguisés en civils, mais règnent en sourdine.
C’est dernièrement au mois de février 2021, que la ville de Bambari a connu la paix, la véritable paix mais qui est encore précaire, car ces criminels ont les membres de leur famille au niveau du quartier Elevage.
Qu’est ce qui s’est passé réellement au mois de février 2021 ?
C’était à la suite du coup d’Etat manqué en Janvier 2021, que les colonnes des FACA, forces Russes et Rwandaises pourchassaient les éléments de la CPC, de Grimari jusqu’ici. Je crois qu’ils on reçu mandat de nettoyer et libérer aussi la ville de Bambari. Donc c’est ainsi qu’ils ont pourchassé ces rebelles jusqu’à libérer la ville.
Est-ce que ces FACA et Russes ont tué des civils dans une Mosquée ou violé des femmes et volé les biens de la population ?
Non, au contraire ils ont libéré la ville sous le joug de ces rebelles. Imaginez-vous si les FACA et les Russes n’étaient pas venus, cette ville sera de nouveau encore envahie. Les FACA et Russes n’ont pas tué les civils. Ils on pourchassé ces rebelles qui sont allés se refugier parmi leurs frères, leurs coreligionnaires avec les armes par-devers eux dans cette Mosquée. Et comme d’habitude après des pareilles exactions, ils se cachent parmi leurs frères qui ne les trahissent jamais, c’est pourquoi il y a eu des fouilles dans cette Mosquée et finalement ils ont retrouvé ces bandits. Certains ont des munitions de guerre et d’autres ont des armes sur eux.
Entretien réalisé par
Paulin Zénguino-Wawè
« Il y a eu des arrestations à cause des détentions illégales d’armes par des civils et ceux qui sont de connivence avec les rebelles », Hassan Chaïbou
Monsieur le représentant de l’Association des Jeunes Musulmans de la Ouaka (AJMO), que dites-vous des rapports de CNN et the Sentury accusant les FACA et leurs alliés d’avoir violé le Droit international Humanitaire ?
Hassan Chaïbou : Nous avons suivi sur la Radio Ndéké Luka la diffusion de cette information et nous étions étonnés d’écouter ces allégations. Or, je fais partie de cette communauté, je ne peux pas mentir pour confirmer ce qui a été dit. Nous ne refusons pas, il y a eu des poursuites des malfrats au niveau de notre quartier Elevage et il y a eu des arrestations à cause des détentions illégales d’armes par des civils et ceux qui sont de connivence avec les rebelles. Dans les faits, il y a eu des fouilles. Ces malfrats après qu’ils ont vu que les choses sont devenues sérieuses, ils ont prit fuite pour aller se refugier parmi les civils dans cette Mosquée. Et c’est de là qu’on les a cueillis. Ce ne sont pas des paisibles citoyens qu’on a arrêtés. …
Entretien réalisé par
Paulin Zénguino-Wawè
« N’étant pas convaincu, un d’entre eux à ouvert le feu sur mon mari et mes deux enfants », Aïssatou Mariam
Aïssatou Mariam : Je suis une femme veuve Aïssatou Mariam, lors de ces évènements, j’ai perdu mon mari et mes deux garçons. Ces gens étaient venus demander à mon mari du carburant vers 3 heures du matin.
Il s’est levé et leur a dit qu’il n’a pas de carburant, il a déjà vendu le reste. Après quelques minutes, ils sont repartis, entretemps les balles sifflaient partout. Nous étions tous à l’intérieur.
Vers 4 heures du matin, ils sont revenus encore une fois de plus en intimidant mon mari parce qu’il a refusé de leur vendre du carburant. C’est de là que mes deux garçons étaient sortis pour intervenir. N’étant pas convaincu, un d’entre eux à ouvert le feu sur mon mari et nos deux enfants. Voilà ce qui s’est passé…. Je suis avec deux autres enfants… ».
Entretien réalisé par
Paulin Zénguino-Wawè
« Un instituteur a témoigné sous anonymat »
J’étais là au début de ces évènements jusqu’aujourd’hui. C’était vers 3 heures du matin que les crépitements d’armes nous ont réveillés, avec peur au ventre.
Ne sachant quoi faire, nous avons réuni des maitres-étudiant dans l’Amphithéâtre et certains fonctionnaires et les habitants des quartiers qui se trouvent à proximité de l’ENI de Bambari. Et voila que notre tour est arrivé.
Ces malfrats ont défoncé le portail de la clôture. Comme ils étaient en fuite, ils ont volé les panneaux solaires qui étaient là et quelques effets, des motocyclettes qui sont sous les vérandas et c’est tout. Ils ont tiré en l’air pour nous intimider.
Quelques minutes après, les FACA et les russes ont fait leur entrée dans la concession de l’établissement. C’est de là qu’ils les ont chassés jusqu’à leur dernier retranchement. C’est à cette occasion que les FACA et les russes ont procédé aux fouilles des maisons…
Entretien réalisé par
Paulin Zénguino-Wawè
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